La greffe

La pratique du greffage a probablement débuté il y a quelque 2500 ans en Chine. Dès le IIe siècle avant J.-C., on trouve déjà des descriptions de la greffe en fente, de l’écussonnage et de la greffe en couronne. Le geste n’a presque pas changé depuis.

Greffer, c’est faire cohabiter deux individus sur un même arbre. C’est ce qui permet de multiplier une variété à l’identique — ce qu’un pépin ne fera jamais.

Journée de greffe au Fruit Défendu
L’heure des greffes a sonné. Photo prise à l’arboriculture de Bassecourt.

Le principe

Le porte-greffe

Il fournit les racines et la sève brute. C’est lui qui détermine la vigueur de l’arbre, sa résistance au sol et sa taille adulte.

Le greffon

Un fragment de rameau de la variété que l’on veut multiplier. Il apportera les branches, les feuilles, les fleurs et les fruits.

Pourquoi pas un pépin ?

La graine d’un arbre fruitier est, selon l’espèce, un pépin ou un noyau. Plantée, elle donnera bien un arbre de la même espèce — un pépin de pommier donne un pommier. Mais pas la même variété : le nouvel arbre ne présentera pas les caractéristiques de celui dont venait la pomme. Pour retrouver une variété précise, il faut greffer.

Le cambium, tout se joue là

Sous l’écorce se trouve une fine couche de cellules vivantes : le cambium. C’est la seule zone capable de fabriquer du bois neuf. Une greffe réussit lorsque le cambium du greffon et celui du porte-greffe se touchent et se soudent. Tout le reste — la forme de la coupe, la ligature, le mastic — ne sert qu’à assurer et maintenir ce contact.

ÉcorceLibersève élaborée, venue des feuillesCambiumla zone qui soude la greffeAubiersève brute, venue des racinesBois de cœur

Les règles à respecter

  • Pépin sur pépin, noyau sur noyau. Un greffon de pommier prendra sur un poirier — tous deux à pépins — mais jamais sur un prunier, qui est à noyau.
  • Cambium contre cambium. Si les deux coupes ne se touchent pas sur au moins un côté, rien ne se soudera.
  • Un greffon en repos, un porte-greffe en sève. Les greffons se prélèvent en hiver et se conservent au frais jusqu’au printemps.
  • Des coupes nettes, d’un seul geste. Un greffoir bien affûté, une surface lisse : une coupe hachée ne cicatrise pas.
  • Protéger et ligaturer. Mastic à greffer sur toutes les plaies, ligature ferme mais retirée dès la soudure faite, sinon elle étrangle l’arbre.

Les techniques

La greffe en fente

Le porte-greffe est coupé net puis fendu sur quelques centimètres. Un ou deux greffons taillés en coin y sont insérés, écorce alignée sur écorce.

Au printemps, mars à avril — sur des sujets déjà gros

La greffe à l’anglaise

Deux coupes en biseau de même longueur, munies d’une languette qui les emboîte. Elle demande un greffon et un porte-greffe de même diamètre, mais c’est la soudure la plus sûre.

Au printemps, mars à avril — sur jeunes sujets

L’écusson

Une simple incision en T dans l’écorce, sous laquelle on glisse un « écusson » portant un œil. L’œil reste dormant jusqu’au printemps suivant.

En été, juillet à août — quand l’écorce se décolle bien

Un oeil greffé en écusson, une semaine après la pose
Un œil greffé en écusson, une semaine après la pose : la ligature transparente maintient le contact. Photo : Eiku — CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le bouturage

Le bouturage répond à la même question que la greffe — multiplier une plante à l’identique — mais par un tout autre chemin. Au lieu de poser un greffon sur des racines étrangères, on demande au rameau de fabriquer ses propres racines. Pas de porte-greffe : la plante entière est la variété.

1. Prélever2. Tailler3. Mettre en terre4. Enracinée

Comment s’y prendre

La bouture la plus simple est la bouture ligneuse, qui se fait en plein hiver, quand la plante est au repos.

  • Choisir le rameau. Un rameau de l’année, bien aoûté — ni vert et mou, ni vieux bois. L’épaisseur d’un crayon.
  • Le couper à 20–25 cm, en gardant trois ou quatre yeux. Coupe droite en bas, juste sous un œil ; coupe en biseau en haut, pour ne pas se tromper de sens.
  • Planter aux deux tiers dans un sol léger et frais, à mi-ombre. Un seul œil dépasse.
  • Ne pas laisser sécher. C’est la cause d’échec numéro un : la bouture n’a pas encore de racines pour boire.
  • Patienter un an. On repique l’automne suivant, une fois les racines bien formées.

Le marcottage

Même idée, en plus sûr : on courbe un rameau jusqu’au sol et on l’enterre sur quelques centimètres sans le détacher de la plante mère. Elle continue de le nourrir pendant qu’il fait ses racines. On ne sépare la marcotte qu’une fois enracinée. C’est plus lent, mais le taux de réussite est bien meilleur.

Quelle méthode pour quelle espèce

EspèceMéthodeRemarque
Groseillier, cassissierBouturageTrès facile, en bouture ligneuse d’hiver
Figuier, vigneBouturageRacinent volontiers sur un rameau
NoisetierMarcottageIl marcotte presque tout seul en touffe
Pommier, poirier, cognassierGreffeQuasi aucune aptitude à raciner sur rameau
Cerisier, prunier, pêcherGreffeIdem — et le porte-greffe est indispensable

Pourquoi la greffe reste indispensable pour nos fruitiers

Deux raisons. D’abord, pommiers, poiriers et cerisiers n’émettent pratiquement pas de racines sur un rameau coupé : la bouture sèche avant d’avoir raciné.

Ensuite, même si elle prenait, on y perdrait. Le porte-greffe n’est pas qu’un support : c’est lui qui règle la vigueur de l’arbre, sa résistance au calcaire ou à la sécheresse, sa taille adulte et l’âge de sa première récolte. Un arbre franc de pied — sur ses propres racines — devient énorme et met bien plus longtemps à produire.

Le cours de greffe

Chaque année, la société donne un cours de greffe, ouvert aux membres comme aux non-membres. On y greffe pour de vrai, avec des greffons du verger.

Samedi 11 avril 2026, 08h30 au Fruit Défendu.

Inscriptions auprès du président : Bernard Vallat, 079 682 75 40. Voir le calendrier complet.